Comment le coronavirus s’attaque aux organes vitaux

Comment le coronavirus s’attaque aux organes vitaux

EN PREMIÈRE LIGNE, il y a les symptômes respiratoires de l’infection au coronavirus. Mais, en coulisse, l’impact du virus est palpable sur d’autres organes vitaux. Seul le cerveau semble épargné, même si l’atteinte du nerf olfactif (odorat) est souvent décrite.
Le 14 mars, dans la revue Liver International, des chercheurs de l’université des sciences et technologies de Wuhan, en collaboration avec l’Institut de virologie d’Essen (Allemagne), signalaient des lésions du foie qui pourraient être causées par le coronavirus. « Elles peuvent avoir été causées par l’infection à Sars-CoV-2 ou par les médicaments utilisées pour la traiter », écrivent-ils. « Une élévation des enzymes hépatiques est possible chez les patients infectés, mais le mécanisme reste incertain, soit par effet direct cytotoxique (détruisant la cellule, NDLR) soit par la réaction immunitaire engendrée par le virus », ajoute le Pr Sébastien Dharancy (hépatologie transplantation, CHRU de Lille).
Côté cœur, en plus du manque d’oxygène (hypoxie), qui peut provoquer un arrêt cardiaque, une réaction immuno-inflammatoire n’est pas rare. « On voit une augmentation de la troponine, marqueur biologique d’une souffrance myocardique, dans près de 15 % des cas de Covid-19 hospitalisés, explique le Dr Pierre Aubry, cardiologue à Paris (hôpital Bichat), le plus souvent par un infarctus du myocarde de type 2 ou par une myocardite (inflammation du cœur). » « On observe aussi des douleurs thoraciques de type péricardites (inflammation du sac qui entoure le cœur, NDLR) qui durent deux à trois semaines chez certains malades », explique au Figaro le Dr Florian Zores, cardiologue à Strasbourg, membre du groupe insuffisance cardiaque et cardiomyopathies de la Société française de cardiologie. « En revanche, ajoute-t-il, alors que des premières données expérimentales avaient fait craindre un risque accru de syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) avec certains antihypertenseurs (inhibiteurs de l’enzyme de conversion et antagonistes de l’angiotensine 2), on se demande aujourd’hui si ça n’est pas plutôt protecteur. »
Les reins sont également touchés avec de grosses protéinuries (fuites de protéines dans l’urine), et pas seulement via la défaillance multiviscérale parfois observée en réanimation. « Une étude chinoise montre que ces patients développent facilement une insuffisance rénale aiguë (27 %) avec nécrose tubulaire aiguë sévère et infiltration lymphocytaire, surtout lorsqu’ils sont âgés et ont des comorbidités telles qu’une hypertension artérielle ou une insuffisance cardiaque », explique le Dr Brigitte Lantz, néphrologue à Paris (hôpital Necker-Enfants malades), secrétaire général de la Fondation du rein. « Ce qui plaide pour une atteinte immunologique », remarque-t-elle.
Retard au diagnostic
Dernier organe vital, le pancréas, qui produit de l’insuline, n’est pas directement affecté, mais il l’est indirectement chez les diabétiques. En effet, lors d’une infection, les besoins en insuline augmentent. Or le pancréas d’un diabétique n’en produit plus. « C’est pourquoi, en cas de diabète, il faut vérifier plus souvent sa glycémie et augmenter le cas échéant ses doses d’insuline, même si on mange peu », alerte le Dr Marc de Kerdanet, pédiatre diabétologue et président de l’association Aides aux jeunes diabétiques (AJD). Mais ce qui inquiète aussi le Dr Carine Choleau, directrice de l’association, c’est le risque accru de retard au diagnostic dans un contexte où on demande au grand public de ne pas aller chez le médecin ou à l’hôpital si les symptômes ne semblent pas urgents. « Les premiers symptômes du diabète (envie fréquente d’uriner et de boire, NDLR) n’incitent pas à le voir comme une urgence, explique-t-elle. Le risque de coma et d’acidocétose mortel est pourtant bien réel. »

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